Une soumission de toiture, c’est deux jobs en un : un calcul qui protège votre marge, et un document qui donne confiance au client. Ce guide fait les deux, dans l’ordre où vous les faites sur le terrain.
1. Mesurer en carrés
Un carré, c’est 100 pi² de toiture (environ 9,29 m²). Tout se calcule en carrés : les bardeaux, la main-d’œuvre, souvent le prix de vente.
Mesurez la surface au plan, c’est-à-dire l’empreinte du toit vue d’en haut, débords compris. Sur un toit simple, c’est la longueur du bâtiment plus les débords, fois la largeur plus les débords. Sur un toit découpé, mesurez chaque section séparément et additionnez.
Notez aussi les longueurs linéaires pendant que vous êtes là : avant-toits, rives, faîtes, arêtiers, noues, et le contour de chaque cheminée ou mur. Elles servent pour les larmiers, les bardeaux de départ, la faîtière, la membrane et les solins.
2. La pente
Un toit en pente a plus de surface que son empreinte. On corrige avec un multiplicateur de pente, calculé avec la formule √(1 + (pente/12)²). Pour une pente de 6/12, c’est 1,118 : un toit de 2 000 pi² au plan fait en réalité 2 236 pi².
| Pente | Multiplicateur | Surface ajoutée |
|---|---|---|
| 3/12 | 1,031 | +3,1 % |
| 4/12 | 1,054 | +5,4 % |
| 5/12 | 1,083 | +8,3 % |
| 6/12 | 1,118 | +11,8 % |
| 7/12 | 1,158 | +15,8 % |
| 8/12 | 1,202 | +20,2 % |
| 9/12 | 1,250 | +25,0 % |
| 10/12 | 1,302 | +30,2 % |
| 12/12 | 1,414 | +41,4 % |
La pente change aussi la main-d’œuvre. Au-delà d’environ 8/12, il faut des ancrages, des madriers, et les gars avancent moins vite. Prévoyez-le dans vos heures, pas seulement dans vos matériaux.
3. Les pertes
On coupe, on chevauche, on jette. La règle du pouce utilisée dans l’industrie :
- toit à deux versants simple : environ 10 % de pertes ;
- toit avec arêtiers, noues ou lucarnes : environ 15 % ;
- toit très découpé, à plusieurs niveaux : 20 % et plus.
Ce sont des points de départ. Votre propre historique est meilleur : comparez ce que vous avez commandé à ce qui est revenu au camion sur vos derniers chantiers.
Matériaux à commander = surface au plan × multiplicateur de pente × (1 + pertes). Les bardeaux d’asphalte se vendent habituellement à 3 paquets par carré, mais vérifiez la fiche du fabricant : certains modèles épais en demandent plus.
4. Arrachage et couches
Avant de chiffrer, levez un bardeau au bord du toit et comptez les couches. Chaque couche de plus, c’est plus d’heures d’arrachage, plus de poids dans le conteneur, et parfois un deuxième conteneur.
Prévoyez aussi le remplacement du pontage pourri. Ne le devinez pas : écrivez un prix unitaire par feuille de contreplaqué ou d’OSB remplacée, et dites-le au client à l’avance. C’est la ligne qui évite la chicane en fin de chantier.
5. La liste de matériaux (bardeaux d’asphalte)
- Bardeaux, calculés en carrés avec la pente et les pertes ;
- sous-couche (synthétique ou feutre) sur toute la surface ;
- membrane autocollante aux avant-toits et dans les noues, selon les exigences du fabricant et du code applicable ;
- larmiers sur le pourtour (avant-toits et rives) ;
- bardeaux de départ le long des avant-toits et des rives ;
- bardeaux de faîtière pour les faîtes et les arêtiers ;
- ventilation : aérateurs de toit ou évent de faîte, selon la ventilation existante ;
- solins de cheminée, de mur et de plomberie ;
- clous, scellant et petites fournitures.
Bâtissez cette liste une fois sous forme d’assemblage : « 1 carré de bardeaux posés » = tant de paquets, tant de sous-couche, tant de clous, tant d’heures. Ensuite, chaque soumission se fait en entrant la surface. C’est exactement ce que font les assemblages dans Faîte.
6. Main-d’œuvre
Comptez en heures-personnes, pas en jours flous. Une équipe de 4 sur 2 jours de 9 heures, c’est 72 heures.
Utilisez votre coût horaire chargé, pas le salaire. Le salaire plus les charges de l’employeur, les vacances, les assurances, le temps de transport et le temps non facturable. Si vous ne connaissez pas ce chiffre, c’est la première chose à calculer cette semaine : tout le reste en dépend.
Ajoutez du temps pour ce qui ralentit : forte pente, plusieurs couches, accès difficile, toit à trois étages, chantier en ville sans place pour le conteneur.
7. Conteneur et disposition
Prix du conteneur, frais de dépôt selon le poids, permis d’occupation de la voie publique si le conteneur est dans la rue. Trois lignes faciles à oublier, et qui sortent directement de votre profit.
8. Frais généraux et marge
Vos frais généraux, ce sont les coûts qui existent même sans chantier : camions, assurances, bureau, téléphone, logiciel, comptable, publicité. Divisez-les par vos heures facturables de la saison pour savoir combien chaque heure de chantier doit en couvrir.
Marge et majoration, ce n’est pas la même chose. C’est l’erreur la plus chère du métier :
- Majoration : vous ajoutez un pourcentage au coût. 12 250 $ de coût + 25 % = 15 312,50 $. Votre profit de 3 062,50 $ ne représente que 20 % du prix de vente.
- Marge : le profit est un pourcentage du prix de vente. Pour 25 % de marge, prix = coût ÷ (1 − 0,25) = 12 250 $ ÷ 0,75 = 16 333,33 $.
Sur ce seul toit, confondre les deux vous coûte un peu plus de 1 000 $. Sur une saison de 60 toits, faites le calcul.
9. Exemple complet
Exemple seulement. Les prix ci-dessous sont des hypothèses réalistes pour illustrer la méthode, pas des prix du marché. Remplacez-les par vos prix de fournisseur et votre coût horaire.
Bungalow à Laval. Surface au plan 2 000 pi², pente 6/12, toit à deux versants simple, une couche à arracher.
- Surface réelle : 2 000 × 1,118 = 2 236 pi², soit 22,36 carrés.
- Avec 10 % de pertes : 24,6 carrés, soit 74 paquets à 3 paquets par carré.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Bardeaux architecturaux | 74 paquets × 48 $ | 3 552,00 $ |
| Sous-couche synthétique | 3 rouleaux × 160 $ | 480,00 $ |
| Membrane autocollante | 4 rouleaux × 145 $ | 580,00 $ |
| Larmiers | 18 × 14 $ | 252,00 $ |
| Bardeaux de départ | 2 paquets × 60 $ | 120,00 $ |
| Faîtière | 2 paquets × 75 $ | 150,00 $ |
| Aérateurs de toit | 4 × 85 $ | 340,00 $ |
| Solins, clous, scellant | forfait | 350,00 $ |
| Matériaux | 5 824,00 $ | |
| Conteneur 20 verges | location et disposition | 650,00 $ |
| Main-d’œuvre | 4 couvreurs × 2 jours × 9 h = 72 h × 58 $ (coût chargé) | 4 176,00 $ |
| Frais généraux | part du chantier | 1 600,00 $ |
| Coût total | 12 250,00 $ | |
| Prix pour 25 % de marge | 12 250 ÷ 0,75, arrondi | 16 350,00 $ |
| TPS 5 % | 817,50 $ | |
| TVQ 9,975 % | 1 630,91 $ | |
| Total au client | 18 798,41 $ |
Ramené au carré réel, ce toit se vend environ 731 $ du carré avant taxes. Gardez ce chiffre : c’est votre repère pour le prochain toit semblable. Vous pouvez refaire ce calcul avec vos propres chiffres dans le calculateur gratuit.
10. Les taxes
Au Québec, la TPS (5 %) et la TVQ (9,975 %) s’appliquent à la main-d’œuvre et aux matériaux d’un contrat de rénovation, et se calculent sur le prix avant taxes. Ailleurs au Canada, c’est la province où se trouve le bâtiment qui décide du taux. Tout est expliqué dans notre guide des taxes sur un toit.
11. Dépôt et paiements
Le montant du dépôt est une décision d’affaires. Ce qui compte, c’est qu’il soit écrit dans la soumission, avec le calendrier du reste : par exemple, dépôt à la signature et solde à la fin des travaux. Sur un gros chantier commercial, on facture souvent par étape.
Contrat signé chez le client ? Pour la toiture, l’Office de la protection du consommateur considère qu’un contrat conclu au domicile du consommateur est un contrat de commerçant itinérant, même si le client vous a appelé. Le client peut l’annuler dans les 10 jours suivant la remise de sa copie, et les travaux ne peuvent pas commencer pendant ce délai, sauf réparation urgente. Il faut un permis de l’OPC et des documents précis joints au contrat. Vérifiez les règles à jour sur le site de l’OPC avant de rédiger votre contrat.
12. Ce qui doit être écrit sur la soumission
- Votre numéro de licence RBQ. La Régie l’exige sur les soumissions, contrats, états de compte et factures, au format « Licence RBQ : XXXX-XXXX-XX ». Les couvreurs travaillent sous la sous-catégorie 7.0.
- Vos numéros de TPS et de TVQ si vous percevez ces taxes.
- L’adresse du chantier, la description des travaux et les matériaux, avec la marque et le modèle de bardeau.
- Les prix, les taxes et le total.
- Les exclusions : pontage pourri (avec prix unitaire), gouttières, cheminée, travaux non visibles avant l’arrachage.
- La garantie, séparée en deux : la vôtre sur la main-d’œuvre, et celle du fabricant sur les matériaux.
- Les modalités de paiement et le dépôt.
- La durée de validité de la soumission. Les prix des matériaux bougent : 30 jours est un bon réflexe.
Tout ça est déjà en place dans notre modèle de soumission imprimable.
13. La relance
La plupart des soumissions qui ne se signent pas ne sont pas refusées : elles sont oubliées. Le client attend une autre soumission, son conjoint veut y penser, la semaine passe.
- Envoyez la soumission le jour même de la visite, pendant que vous êtes encore dans sa tête.
- Relancez deux ou trois jours plus tard, poliment, avec une question simple : « Avez-vous des questions sur la soumission ? »
- Relancez encore une semaine plus tard. Puis arrêtez, ou passez à un rappel de saison.
C’est le genre de chose qu’on oublie quand on est sur un toit. Dans Faîte, les relances partent toutes seules et s’arrêtent dès que le client signe en ligne. Voir comment ça marche.
Sources
- Multiplicateurs de pente : calcul géométrique √(1 + (pente/12)²), concordant avec les tableaux de l’industrie (ex. squarecount.io).
- Pourcentages de pertes : règle du pouce de l’industrie (ex. squarecount.io).
- Licence RBQ, sous-catégorie 7.0 et affichage du numéro : Régie du bâtiment du Québec.
- Commerçant itinérant et délai de 10 jours : Office de la protection du consommateur.
- TPS et TVQ sur la rénovation : Revenu Québec.
Mis à jour : novembre 2026. Ce guide est informatif ; il ne remplace pas un avis juridique ou comptable.